
Tchoang-tzeu ayant visité le duc Nai de Lou, celui-ci lui dit : Il y a, dans le duché de Lou, beaucoup de lettrés; mais au-cun, Maître, n'est comparable à vous. — Il n'y a que peu de lettrés dans le duché de Lou, repartit Tchoang-tzeu. — Comment pouvez-vous parler ainsi, fit le duc, alors qu'on ne voit partout qu'hommes portant le costume des lettrés? — Le costume, oui, fit Tchoang-tzeu. Ils annoncent, par leur bonnet rond, qu'ils savent les choses du ciel ; par leurs souliers carrés, qu'ils savent les choses de la terre ; par leurs pendeloques sonores, qu'ils savent mettre l'harmonie partout. Certains savent tout cela, sans porter leur costume. Eux portent le costume, sans savoir la chose. Si vous ne me croyez pas, faites cette expérience : interdisez par un édit, sous peine de mort, le port de l'habit de lettré, à quiconque n'a pas la capacité compétente. — Le duc Nai fit ainsi. Cinq jours plus tard, tous les lettrés de Lou, un seul excepté, avaient changé de costume. Le duc interrogea lui-même sur le gouvernement de l'état, cet être unique. Il répondit à tout pertinemment, sans qu'il fût possible de le démonter. — Vous di-siez, dit Tchoang-tzeu au duc, qu'il y avait, dans le duché de Lou, beaucoup de lettrés. Un, ce n'est pas beaucoup.
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